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Le catharisme au nord de la Loire

Tant dans le Nord de la France qu'en Allemagne ou dans l'actuel Benelux, des Cathares sont apparus dès le XIème s. soit en même temps qu'en Languedoc. Toutefois les textes de l'époque les concernant semblent moins abondants que ceux relatifs au sud de la France. C'est peut-être ce phénomène qui pourrait donner l'impression que le catharisme y fut moins puissant qu'au bord de la Méditerranée.

Des idées semblables à celles du Languedoc

D'après les rapports de l'Eglise romaine à leur propos, ces cathares du nord professaient des idées correspondantes à celles de leurs collègues du sud de la France.

Eckbert von SCHÖNAU qui atteste en 1143 que les Cathares germaniques utilisaient eux-mêmes ce nom pour se définir, dénombre (1) dix préceptes hérétiques : "ils rejettent le mariage, le baptème des enfants. Ils nient l'existence du purgatoire et la présence du corps et du sang du Christ dans l'Eucharistie ainsi que l'humanité du Sauveur. Ils considèrent comme inutiles les prières pour les âmes des défunts et condamnent la messe de la même manière. A leurs yeux seul compte le baptème des adultes par l'Esprit-Saint et le feu. Ces hérétiques proclament que la procréation est l'oeuvre du diable, que l'âme humaine, esprit rejeté du Royaume céleste et enfermé dans un corps d'homme, ne peut trouver le salut que par les bonnes oeuvres. Enfin, les dualistes évitent de consommer toute nourriture carnée."

Les Cathares rencontrés par Eckbert dans le Saint-Empire germanique ont une organisation avec évêque et parfaits itinérants (missionnaires). Ils pratiquent le consolement et récitent leur Pater.

Selon BORST (Die Katharer), un évêque cathare aurait "résidé" à Mont-Aimé (en Champagne, au sud d'Epernay) en 1144-1145. L'un d'eux aurait été Robert d'EPERNON (cité avant 1167).

Quant aux hérétiques itinérants, leur existence semble attestée par les tribulations de JONAS (2) qui revendiquait la possession de biens appartenant à la cure de Neder-Hembeek près de Bruxelles à propos desquels il s'opposa à l'Abbé de Jette. En cours d'instance judiciaire devant l'évêque de Cambrai (1136-1167), il apparut que ledit JONAS avait été excommunié successivement à Cologne, Trêves et Liège, pour catharisme. En conséquence, il fut débouté. Ceci attesterait de l'existence d'un "clergé" cathare itinérant.

Une population largement hostile

Ce zèle missionnaire lié au départ à une certaine tolérance (ou indifférence au danger) de l'Eglise romaine explique le développement du catharisme au XIIème s. dans les contrées du Nord. La lettre du chapitre de Liège au Pape vers 1145 (3) est relative à la découverte de cathares que la foule emmenait au bûcher mais que des autorités écclésiastiques lui arrachèrent notamment pour pouvoir les interroger. Cette lettre montre également l'attitude dubitative du clergé local devant l'hérésie puisque ces chanoines s'adressent au Pape pour lui demander conseil sur l'attitude à prendre. Le courrier semble avoir été transporté par un cathare "repenti" de manière à ce que Rome puisse également l'interroger.

Il est intéressant de constater que contrairement au sud de la France, la population et le pouvoir civil, dans les contrées nordistes, semblent plus foncièrement hostile aux Cathares. Les Cathares découverts à Trêves et Utrecht en 1135 seront brûlés sur ordre de l'empereur Lothaire. Les hérétiques liégeois de 1145 étaient conduits au bûcher par un mouvement populaire extérieur à l'autorité écclésiastique.

Un phénomène non-négligeable

Toutefois, selon Hildegarde Von BINGEN, prêchant à Cologne en 1164, la force des cathares vient des faiblesses de l'Eglise : "Il suffit que les chefs de l'Eglise donnent l'exemple d'une vie chrétienne digne et proclament bien haut la splendeur de la création de Dieu qui engloge également le coprs de l'homme et tout ce qui est terrestre. C'est alors que la foi des cathares hostile au corps se verra couper l'herbe sous les pieds" (4).

Le fait que Hildegarde s'en soit préoccupée montre que le phénomène de la contestation religieuse et du catharisme n'étaient pas négligeable.

Insensiblement au cours de la 2ème moitié du XIIème s., la position de l'Eglise romaine va se durcir comme en Languedoc. Ceci provient peut-être de l'essor du catharisme qui faisait courir un danger de plus en plus important à l'Eglise officielle.

Le 21 mars 1148 à Reims, le pape Eugène III fulmine dans un canon une peine d'excommunication pour tous ceux qui viendraient en aide ou recevraient des hérétiques. Le 25 octobre 1157, l'Archevêque de Reims dirige le canon "de Piphilis" (ou Popelicani de la région de Flandre provenant de publicain synonyme de païens) contre l'hérésie. Dans sa bulle du 5 février 1153, adressée à l'évêque d'Arras, le pape Eugène III s'inquiète des progrès de l'hérésie dans le Nord de la France et en Flandre, tout autant que son successeur Alexandre III et le Roi de France (Louis VII) en 1162-1163.

Une moniale de l'abbaye d'AYWIERES (en Belgique actuelle), aurait fait "pénitence pour la conversion des Albigeois et entreprit un jeune de 7 ans avec pour toute nourriture du pain et de la bière, afin d'apaiser la colère de Dieu pendant l'hérésie cathare..." (5).

Le fin à Mont-Aimé

Toutefois, la lutte contre le catharisme dans les pays de langue d'oïl se poursuivra au-delà du XIIème siècle. Le bûcher de Mont-Aimé en Champagne de 1239 (6) atteste de la persistance du catharisme septentrional.


Notes:

1. Chanoine à Bonn puis moine de SCHÖNAU et abbé de ce monastère (Rhénanie Palatinat, Loreley). Il s'est trouvé mêlé dès 1143 aux interrogatoires d'hérétiques à Bonn et à Cologne.
2. "Un clerc cathare en Lotharingie au milieu du XIIème s." - P. BONEFANT, Revue Le Moyen Age, 1963
3. "Les Cathares de 1048 à 1054 à Liège" - J. RUSSELL, Bulletin de la société d'Art et d'Histoire du Diocèse de Liège, 1961. Cet article fait remonter la lettre du chapitre liégeois au Pape attestant de la présence de cathares dans la Principauté au milieu du XIè s., ce qui est contesté par des recherches plus récentes dont l'article de SUTOR ci-après ; " Le triumphus Sancti Lamberti de castro Bullonio et le catharisme à Liège au milieu du XIIème " SUTOR, revue Le Moyen Age, 1985, n° 2.
4. "Hildegarde de Bingen, une vie, une oeuvre, un art de guérir en âme et corps", Ellen BREINDL, Edit DANGLES, 1992/1994
5. Dans "Mémoires des Monastères" de Joseph LEMMENS, Edit. le Cri, 1999, qui évoque une moniale LUTGARDE (née à Tongres en Belgique en 1182, décédée en 1246) de l'abbaye de AYWIERES qui désirait le martyre.
6. "Cette année-là (1239), le vendredi de la semaine avant la Pentecôte (13 mai), fut fait un immense holocauste agréable au Seigneur en brûlant des Bougres (hérétiques cathares). 183 furent brûlés en présence du Roi de Navarre et des barons de Champagne au Mont-Aimé ... " selon AUBRY du Monastère de Trois-Fontaine (Haute Marne). Ce bûcher de Mont-Aimé intervint 5 ans avant celui de Montségur.

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